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 Nicolas Sarkozy. Pourquoi a marche encore?

         
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: 19/01/2008

: Nicolas Sarkozy. Pourquoi a marche encore?    09, 2009 1:52 pm

Nicolas Sarkozy. Pourquoi a marche encore?

Paru dans Regards n 65, octobre 2009



La confiance rgne encore et toujours, malgr un bilan face la crise jug peu positif Nicolas Sarkozy a beau radiquer les acquis sociaux et respirer le mpris, il continue de faire plutt belle figure. Est-ce son art duser les mouvements sociaux, de raconter des fables, de faire taire les dissonances au sein de son propre parti? Quelques raisons dun succs.

Depuis son arrive la prsidence de la Rpublique, Nicolas Sarkozy impose son rythme, sa marque, ses contre-rformes. Il allie des mesures clairement librales sur le plan conomique, avec son lot de remises en cause des acquis sociaux, et une bonne dose de contrle social. Trs tt, le paquet fiscal fut lemblme dune politique au service des vainqueurs du systme. Et pourtant Nicolas Sarkozy est toujours l et bien l. Mme si ses courbes de popularit ont connu de vrais moments de faiblesse et si les Franais jugeaient dans un rcent sondage son bilan face la crise peu positif (58 % dopinions ngatives), prs dune moiti de Franais continuerait lui faire confiance et son image reste peu corne. Pire, face la crise du capitalisme qui aurait d invalider tous ses prsupposs idologiques, lanimal politique arrive adapter son discours, tourner son avantage ce moment difficile. Voici le champion de la drgulation qui se mobilise pour une moralisation du capitalisme ! Fini le Fouquets et les montres en or, lheure est la chasse au bonus et la valorisation du rapport Stiglitz. Au total, non seulement il donne le sentiment quil y a un pilote dans lavion quand la gauche est atone, mais il russit reprendre lavantage, quitte puiser quelques recettes, quelques formules gauche pour donner le change. Les Verts cartonnent aux europennes ? Sarkozy dgaine la taxe carbone. Il y a la fois une cohrence dans son projet politique, qui ne change pas de cap, et de la souplesse pour convaincre, sduire, sadapter. Changer pour que rien ne change , on connat la formule. Pourquoi a marche (encore) ? Regards vous soumet quatre cls dexplication.

L'ART DE RACONTER DES HISTOIRES

Pour tre prsident de la Rpublique, sans doute faut-il savoir raconter des histoires Nicolas Sarkozy la compris trs tt. Occuper lespace, donner voir des sentiments, des succs et des checs, des romances : le Prsident excelle dans cet art . Christian Salmon a parfaitement dcrit, dans Storytelling, ce phnomne qui consiste pour les politiques endormir lesprit critique public en mettant en scne leurs propres histoires. Cette mthode, qui se pratique dans la publicit ou le management et fut progressivement importe en politique par la Maison Blanche depuis Reagan, tente dinstrumentaliser lart du rcit. Le conseiller spcial de Nicolas Sarkozy, Henri Guaino, a parfaitement retenu la leon amricaine : La politique, a-t-il dclar au Monde, cest crire une histoire partage par ceux qui la font et ceux qui elle est destine. On ne transforme pas un pays sans tre capable dcrire et de raconter une histoire. Car il doit toujours se passer quelque chose, le Prsident doit contrler lagenda pour capter lattention des mdias et de lopinion. Il sagit non pas de faire appel aux convictions ou la raison mais de capter et de synchroniser les motions. Cest ainsi que nous passons doucement mais srement de lopinion publique lmotion publique. Ce climat est gravissime pour la dmocratie et contribue dissoudre la politique. Mais en attendant, il profite au pouvoir en place.

Sarkozy a mis en scne son destin : cest lhistoire dun pauvre enfant de Neuilly, brim, qui rvait dtre prsident. Il a mis en scne son couple avec Ccilia, son divorce, sa rencontre sous forme de conte de Nol avec une nouvelle mannequin. Une vie prive faite de joies et de souffrances, pleine de rebondissements : une vraie srie lamricaine. Des personnages comme Rachida Dati, Fadela Amara ou Rama Yade font le miel du storytelling. Dans un autre registre, Bernard Kouchner fait partie des profils bien utiles. Sarkozy en use et en abuse. Il sest aussi pay le luxe de se rapproprier des pans de lhistoire de France dlaisss par la gauche, de lui piquer en quelque sorte ses emblmes, ses rfrents tels que Guy Mquet, Lon Blum ou Jaurs. L o limaginaire de gauche sest essouffl, assch, la droite sait occuper lespace. Mme face la crise du capitalisme, Sarkozy se donne des airs de justicier faon Disney ! au combat contre les mchants du G20, en guerre contre les bonus et les paradis fiscaux. La fable !

La parole de Sarkozy se veut performative et lhomme ne manque jamais une occasion daller lui-mme au front soutenir telle entreprise en faillite, rencontrer une association de victimes, serrer la main aux services de police. Comme lactualit bouge sans cesse, nous suivons le zapping orchestr par le Prsident. Que ses paroles soient sans effet, que les actions ne suivent pas, que les promesses dun jour soient oublies le lendemain, importe moins que la capacit du Prsident tre ractif et sembler toujours lendroit o il faut, au moment o il faut. Et il nhsite pas dire tout et son contraire. Or, comme lexplique fort bien Bertrand Mheust dans La politique de loxymore. Comment ceux qui nous gouvernent nous masquent la ralit du monde, cette utilisation des oxymores, cynique et grande chelle, peut conduire la destruction des esprits et devenir un outil de mensonges. Des termes tels que flexiscurit , moralisation du capitalisme ou vido protection visent brouiller nos repres. Nicolas Sarkozy recourt galement aux oxymores dans les faits : souvenez-vous de sa visite au Vatican avec Jean-Marie Bigard ! La promotion de la libre circulation des capitaux mais pas des tres humains, la lutte contre le chmage comme priorit dans un systme qui a besoin dun taux de chmage pour fonctionner, etc., sont autant de faons de masquer les actes politiques, dans un contexte o la contestation sociale grandit.

Sa force est davoir su moderniser la droite et le style prsidentiel. Le footing comme lomniprsence du Prsident impriment sa marque, linstallent comme un homme de son temps. Il se veut lhomme de laction, du mouvement. Et Sarkozy sait sadapter au contexte, voluer en fonction des rapports de force ds lors quil ne sagit pas de remettre en cause les fondements de son projet libral et autoritaire. Rcemment, la taxe carbone ou le renoncement recourir aux tests ADN pour les immigrs montrent quil ne veut cder aucun espace ses adversaires, quil est capable de petits arrangements politiques pour sduire au-del de son lectorat acquis.

LE ROULEAU COMPRESSEUR COMME MÉTHODE

La droite cultive son triste adage selon lequel la rue ne gouverne pas . Il est arriv ces dernires annes quelle le fasse ses dpens. En 1995, le plan Jupp a d tre enterr devant lampleur de la mobilisation. En 2006, les jeunes ont oblig Dominique de Villepin retirer son CPE. Pour le reste, et singulirement depuis que Nicolas Sarkozy est prsident, force est de constater que les luttes sociales peinent engranger les victoires. Au-del des interrogations sur la stratgie des confdrations syndicales et sur le manque de perspective politique qui pse ngativement sur la combativit sociale et lissue des conflits, il y a bien cette manire de la droite davancer frontalement, brutalement, en dsignant des ennemis, en opposant les uns aux autres, qui possde une part defficacit. Le passage en force est devenu une mthode, comme une habitude. La ligne de conduite, cest un gouvernement qui ne cde pas, en tout cas pas de manire significative, devant les manifestations unitaires ou les durs conflits sociaux. Il poursuit sa feuille de route, sr de ses choix comme de sa capacit vaincre le mouvement. Et Sarkozy a mme os larrogance suprme, en juillet 2008 : Dsormais, quand il y a une grve en France, personne ne sen aperoit . Le refus de la discussion, la provocation, lhumiliation et la dtermination imposer nombre de contre-rformes sont dstabilisants et permettent de contenir une rvolte plus grande encore. Finalement, le gouvernement nous aurait-il lusure ? Emblmatique, luniversit sest mobilise comme jamais, la ronde sest obstine la nuit et le jour, mais na pas russi avoir la peau de la loi Pcresse. Au diable le mouvement de rsistance des soignants, les hpitaux doivent savaler le projet Bachelot qui importe les logiques du march. Le monde de la justice fut vent debout ? Quimporte, les juges dinstruction risquent bel et bien dtre supprims, la mainmise du parquet daugmenter. Quant au pouvoir dachat , il restera en ltat (pas daugmentation des salaires et minima sociaux), malgr les grands rendez-vous de lhiver et du printemps derniers qui, dans lunit syndicale, avaient port cette revendication. De La Poste aux Molex, les foyers de contestation ne manquent pas mais la capacit gagner reste faible. Assommant. Accablant aussi. Car, force de ne rien arracher, de prendre des jours et des jours de grve qui signifient du salaire en moins sans obtenir davances, le peuple se dsespre et se demande quoi bon. Par la convergence des luttes unit syndicale, Appel des appels , daucuns pensaient que les mouvements gagneraient en efficacit. Ce ne fut pas suffisant. Pour lheure, seul le LKP en Guadeloupe a russi atteindre une alchimie et un niveau de contestation porteurs despoir et de victoire. A mditer.

LA MACHINE UMP UNIFICATRICE DES DROITES

Le pari ntait pas gagn davance mais le rsultat est l : la cration de lUMP a permis dunifier solidement les diffrents courants de la droite. Cre en 2002 pour les besoins de Jacques Chirac, candidat llection prsidentielle, le sigle signifiait au dpart : Union pour la majorit prsidentielle. Il regroupait alors le RPR, Dmocratie librale et une bonne partie des dputs de lUDF. Rebaptis Union pour un mouvement populaire, ce grand parti russit rassembler diffrentes familles de la droite, des conservateurs libraux aux gaullistes en passant par les chrtiens dmocrates. En novembre 2004, Nicolas Sarkozy prend la tte de lorganisation, loccasion dun vote interne o il obtient plus de 85 % des voix. Face lui, les candidats dchus Nicolas Dupont-Aignan et Christine Boutin font ple figure Avec cette assise militante confortable travaille de longue date par lentretien de rseaux internes et la construction dune identit politique mdiatique, le leader a les mains libres. Objectif : la prsidentielle de 2007. Lchance est pour Nicolas Sarkozy une vraie russite : il remporte llection, toutes les autres composantes de la droite saffaissent et la disparition de lUDF rebat une partie des cartes droite. Ce nest pas le tout de devenir prsident, encore faut-il le rester, convaincre durablement lopinion et gagner les diffrentes chances lectorales qui maillent le mandat. Autrement dit, la machine UMP doit tre conforte et lunit des droites renforce.

En juin 2009, un Comit de liaison de la majorit prsidentielle est lanc par Sarkozy pour coordonner les partis qui soutiennent son action. La feuille de route est claire : Intensifier le travail en commun et prparer les futures chances lectorales . Ce Comit est compos de reprsentants de lUMP et de prsidents des diffrentes organisations et clubs politiques de droite. On y trouve la gaulliste Michle Alliot-Marie qui prside Le Chne , Jean-Louis Borloo pour le Parti radical, Christine Boutin avec son jeune Parti chrtien-dmocrate ou encore les amis de Charles Pasqua (RPF-IE). Sy ajoutent les nouvelles recrues issues des rangs de la gauche : Jean-Marie Bockel pour La gauche moderne (LGM) et Les Progressistes autour dEric Besson. Le Nouveau Centre, cette fraction de centristes qui avaient fait la campagne de Franois Bayrou mais ont rejoint la majorit gouvernementale, sige galement. Les chasseurs du CPNT sont aussi de la partie. Et, dernire recrue de poids (symboliquement en tout cas) en vue des rgionales, le Mouvement pour la France de Philippe de Villiers a rejoint la dynamique de rassemblement.

Cette large unit, la droite en a rv au XXe sicle, elle y est parvenue en ce dbut de XXIe sicle. Certains pensaient la structure UMP phmre, btie pour les circonstances. Elle se rvle une vraie usine unit, une machine gagner. Elle est le fruit dun effacement relatif des divergences fondamentales entre les courants de la droite les clivages hrits du gaullisme se sont estomps et dune adhsion large plus ou moins force mais globalement accepte un chef, Nicolas Sarkozy. Lefficacit est l : un parti en ordre, o les dissonances apparaissent moins fortes que les capacits de rassemblement. Reste, bien sr, Dominique de Villepin, qui se pose en homme de lalternative Sarkozy sait-on jamais ! Mais ses rseaux et sa popularit, entache par laffaire Clearstream, ne lui permettent pas de jouer rellement dans la cour des grands . Il semble ne faire aucun doute que Nicolas Sarkozy sera le candidat unique de la droite en 2012. Jean-Franois Cop tente bien galement de faire entendre sa voix, une petite musique qui se veut diffrente du sarkozysme. Mais chacun sait que la jeune garde se prpare surtout pour 2017. Tous ont un intrt commun : russir aux rgionales de mars prochain. LUMP entend devancer significativement la gauche au premier tour pour enclencher une dynamique suffisante au second. La force des scores de lUMP aux premiers tours peut dailleurs crer une interprtation un peu errone des rsultats, comme nous lavons vu aux lections europennes : la gauche tait majoritaire en voix, le seul parti soutenant la majorit prsidentielle ne recueillait que 28 % des voix mais le camp du Prsident est sorti vainqueur de lchance, devant un PS en peine avec ses 16,8 %.

UNE OPPOSITION EN BERNE

Le dira-t-on assez ? Lune des cls de la russite de Nicolas Sarkozy, cest la faiblesse de la gauche. Une opposition qui narrive pas sopposer efficacement, cest vraiment du pain bni La critique efficace est celle qui russit donner voir une autre manire dapprhender les problmes, une logique alternative pour laction publique. Or, pour lessentiel, la gauche et le Modem concentrent les attaques sur le style, la mthode, le manque de moyens et plus rarement sur le sens et les finalits de la politique de la droite et sur le terrain du style, cest finalement Franois Bayrou qui apparat le plus radical, toujours prompt dnoncer la connivence avec les mdias ou la prsidence bling-bling ! La droitisation dune bonne partie de la gauche et la baisse de la conflictualit politique sont passes par l. En cette rentre politique encore, le Parti socialiste reste embourb dans ses querelles internes et peine dgager une ligne alternative audible. Quant lautre gauche, si elle parlait dune seule voix de manire polyphonique mais cohrente , si elle faisait durablement cause commune, si elle navait plus peur de gagner, Nicolas Sarkozy aurait enfin un adversaire digne de ce nom.

C.A.
    
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