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 REFERENDUM EN SUISSE: Les musulmans tristes et dsempars

         
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: 19/01/2008

: REFERENDUM EN SUISSE: Les musulmans tristes et dsempars    30, 2009 9:06 pm

REFERENDUM EN SUISSE: Les musulmans tristes et dsempars







La giffle a t si forte que les musulmans de Suisse sont tourdis. La tristesse, la dception, lamertume parfois nempchent pas un constat unanime: cest par le dialogue quon pourra peut tre dsarmer les peurs. Mais comment dialoguer quand le poids des strotypes vous crase?

Dception, tristesse. Choc, surtout: Il nous faudra dabord digrer ce rsultat, rpond Ufuk Ikitepe, conseiller communal et prsident de lassociation turque Moudon lorsquon lui demande comment il voit lavenir. Il nest pas le seul, parmi les musulmans de Suisse, tre encore tourdi, quelques heures aprs la communication du rsultat du vote sur les minarets, par la gifle reue.

Une gifle qui fait mal, commente lancien porte-parole de la mosque de Genve Hafid Ouardiri: Les minarets ne sont quun prtexte, ce sont les musulmans qui sont rejets. Nous sommes dsormais en libert surveille.

Un message de rejet

On ne veut pas de vous, cest bien ainsi, craint Bashkim Iseni, chercheur lInstitut dtudes politiques et internationales de lUniversit de Lausanne, spcialiste des mouvements nationaux dans les Balkans, que le rsultat risque dtre interprt. Un message dautant plus cuisant lorsquil sadresse des gens qui font tout pour sintgrer et qui, pour beaucoup, croyaient y tre parvenus.

Choque, Lucia Dahlab, vice-prsidente de lUnion des organisations musulmanes de Genve (UOMG), lest aussi en tant que citoyenne suisse: Aujourdhui, nous avons une loi discriminatoire. Je navais jamais associ la Suisse ce genre de choses: pour moi, ctait un phnomne du pass ou de pays lointains. Et lorsque a commence comme a, a peut aller trs loin

Que sest-il pass?

Mais que sest-il donc pass? A linstar de Hafid Ouardiri, qui dplore la victoire dune politique de la peur et du mensonge, beaucoup sen prennent linstrumentalisation dangoisses quil aurait appartenu la classe politique de mieux dsamorcer plutt que de les traiter par le mpris. Bashkim Iseni discerne mme un mcanisme de rejet, sur le dos des musulmans, dun mtissage dsormais incontournable, un repli identitaire sur une impossible Suisse blanche. Une opration ralise par lexploitation de peurs que, reconnat-il, nous avons sans doute sous-estimes. Et dont certains jugent injuste davoir rendre compte: La burka, sinsurge Ufuk Ikitepe, ce nest pas lislam, cest une coutume afghane.

Des excs dnoncer

Les musulmans de Suisse se sont-ils insuffisamment distancis des excs qui se commettent, ailleurs, au nom de lislam? Oui, rpond sans hsiter Stphane Lathion, chercheur aux Universits de Lausanne et de Fribourg, membre du Groupe de recherche sur lislam en Suisse (GRIS). Les musulmans modrs ont peur de safficher. Certains ont de la famille dans des pays o des propos trop critiques peuvent lui causer du tort. Dautres ont tout simplement peur de se faire traiter dignorants par des gens qui, comme Hani Ramadan, prtendent incarner le vrai islam. Mais il faudra quils aient le courage de faire en public les critiques quils formulent entre eux. Il ny a plus le choix.

LUOMG, note Lucia Dahlab, a justement mis la rflexion sur ce problme lordre du jour dune prochaine sance. Mais, relve-t-elle, le monde politique porte sa part de responsabilit: Les discours se superposaient: les uns disaient lislam pose problme, il faut interdire les minarets et leurs adversaires rpondaient: lislam pose problme mais il ne faut pas interdire les minarets. Les gens ont retenu que lislam pose problme.

La peur de lislam, estime de son ct Ufuk Ikitepe, a eu le champ libre l o les politiques dintgration font dfaut: Ble-Ville, Genve ou Vaud, o des efforts sont mens en ce sens, ont vot contre linitiative.

Risque de repli

Quelles relations demain entre la Suisse et ses musulmans? Le danger de repli identitaire est point par tous, surtout, note Bashkim Iseni, pour les gosses qui sont ns ici, qui nont pas le lien culturel fort avec leur pays dorigine et qui risquent de se replier sur une identit dfensive organise autour de la foi.

Si cest l quils voient le danger, ce nest pas la voie que favorisent nos interlocuteurs. Au-del de la tristesse et du dcouragement, le constat est unanime: si peu payant quil se soit avr jusquici, il faudra reprendre le dialogue.

Mais comment? Comme le souligne Lucia Dahlab, pour dialoguer, il faut tre deux. Et lorsque vous dfendez les crches dentreprise et le droit au travail des femmes avec un foulard sur la tte, on ne vous croit pas beaucoup. Face au poids crasant des strotypes, tous se montrent dsempars.

Dialoguer, mais comment?

Si vous commencez votre discours en disant que lislam est une religion de paix, votre interlocuteur cesse dcouter, commente Erkan Oege, enseignant Lausanne et musulman croyant. Cest inaudible. Il faut arriver communiquer ce dsir de paix autrement. Mais la communaut musulmane a cette difficult quelle est compose de personnes qui sont arrives relativement rcemment. Elles ne matrisent ni les codes politiques ni les codes culturels. Beaucoup dentre elles ont une exprience trs pacifie de leur vie de musulmans en Suisse mais ils ne savent pas comment la faire partager.

A loccasion de la campagne, certains ont essay. Ils ont nou aussi, relve Lucia Dahlab, des liens avec des organisations antiracistes avec lesquelles la collaboration pourra continuer. Et le rsultat ngatif de leurs efforts, paradoxalement, rend dautant plus impratif de les poursuivre, estime Erkan Oege.

Il y avait une rancur sourde, non dite. Aujourdhui, elle est sur la table et cest une dchirure. Mais face une telle dchirure, le dialogue devient dautant plus important. Nous ne devons pas nous dire: Ils nous rejettent et nous humilient. Mais nous efforcer de donner le meilleur de ce que nous pouvons offrir, en esprant la mme chose en retour.

Concrtement, estime lenseignant vaudois, la peur ne se dsarme pas par des discours politiques mais par un travail minutieux, lent, parfois fait de malentendus et de dchirements au terme duquel on apprend se connatre et se convaincre quon gagne la frquentation et aux changes mutuels un processus qui passe autant sinon plus par la culture, la musique, voire le sport que par le raisonnement.

Un exercice ambitieux, donc, qui se droulera, note Lucia Dahlab, dans un climat tendu: Les gens sont plus dcomplexs. Il y a une quinzaine dannes, il tait exceptionnel quon me fasse des remarques propos de mon voile. Aujourdhui, je me fais rgulirement apostropher. Mais que les musulmans entreprendront aussi, forts des solidarits qui se sont manifestes au cours de la campagne: Des reprsentants dautres religions nous ont soutenus, des gens sont venus spontanment aujourdhui nous dire quils avaient vot non, quils taient tristes, relve Ufuk Ikitepe.
    
http://www.tahalabidi-avocat.fr.gd
 
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