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 "LA VICTIME C'EST LA COUPABLE!" Complicits institutionnelles dans les crimes de viol*

         
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: 19/01/2008

: "LA VICTIME C'EST LA COUPABLE!" Complicits institutionnelles dans les crimes de viol*    12, 2017 1:31 pm

"LA VICTIME C'EST LA COUPABLE!" Complicits institutionnelles dans les crimes de viol






"La victime c'est la coupable!..." pour paraphraser Orwell dans 1984 le slogan totalitaire "La guerre c'est la paix, la libert c'est l'esclavage, l'ignorance c'est la force".


"La victime c'est la coupable!..." pour paraphraser Orwell dans 1984 le slogan totalitaire "La guerre c'est la paix, la libert c'est l'esclavage, l'ignorance c'est la force".





Et nous pouvons rajouter, pour complter la confusion de langue et la vision totalitaire qui colonise la sexualit et qui banalise le viol : "la victime c'est la coupable, la vrit c'est le mensonge, dire non c'est dire oui, cder c'est consentir, subir c'est dsirer...".



La victime de viol serait toujours coupable ? de quoi ? de mensonges... Pour quelles raisons ? "par mchancet, vengeance ou vnalit, pour se rendre intressante, parce qu'elle n'assume pas de n'tre qu'une salope qui a aim a..." Et mme si le viol est avr, elle est coupable : "de s'tre expose, d'avoir provoqu, de l'avoir cherch, d'tre celle par qui le scandale arrive, d'tre celle qui dtruit tout, qui n'est pas capable de se relever, ni de pardonner, d'oublier, d'aller mieux, de passer autre chose..." Qu'elle soit reconnue ou non comme victime de viol, pour ses dtracteurs elle a tout faux, elle est de toute faon porteuse d'une faute morale. La famille, le couple, l'cole... sont des institutions au-dessus de tout soupon (or prs de 80% des viols sont commis par des proches qui sont des hommes en trs grande majorit), on nous le martle : "ils sont faits pour protger les femmes et les enfants sur qui les hommes, les adultes veillent". Si ces femmes, ces enfants sont malgr tout victimes c'est qu'ils ne mritaient pas d'tre protgs ou qu'ils n'ont pas t capables de se protger, c'est de leur faute, tant pis pour eux... Et cela justifie toutes les maltraitances et l'abandon que subissent les victimes de viol, elles ne valent plus grand chose... Efficace pour instaurer le dni des violences sexuelles et imposer le silence aux victimes qui n'ont d'autre solution que de s'autocensurer pour ne pas tre exclues !



À en croire les chiffres, qui sont ttus, 16 % des femmes dclarent avoir t violes ou avoir subi une tentative de viol dans leur vie dont 59% avant 18 ans (une femme sur six) et 5% des hommes dont 67% avant 18 ans (enqute CSF 2006 Ined/Inserm), Cela fait beaucoup de victimes rparties dans toutes les catgories sociales, mais cela fait aussi beaucoup de criminels en cavale !



Le viol : moins de 10% de plaintes, 3% de poursuites judiciaires et entre 1 et 2 % de condamnations (Rapport annuel 2009 de l'Observatoire National de la Dlinquance (OND), La criminalit en France). En comparaison les homicides entranent presque toujours une enqute et aboutissent des condamnations dans prs de 50 % des cas. Le viol et la tentative de viol sont donc des crimes qui bnficient d'une grande impunit.



Malgr cela, les victimes de viol qui arrivent porter plainte seraient trs majoritairement des menteuses ? Ceux ou celles qu'elles accusent des innocents ? Mais alors o sont-ils tous ces violeurs, cela n'inquite personne ? Et d'o viendrait ce vice d'aller accuser tort dont elles savent qu'il ne sera pas pris au srieux, ni par la police, ni par la justice ? Il y a plutt un problme institutionnel quand de la plainte la condamnation, plus de 80% des victimes sont rejetes dans le silence du classement sans suite et du non-lieu. Quelle socit peut se prtendre dmocratique, quelle justice peut se prtendre protectrice, quand plus de la moiti de la population est si mal dfendue contre la pire des violences, le crime ? Et comment peut-on vivre dans ce monde ? cf le manifeste mis en ligne de Sandrine Goldschmidt et moi : Pas de justice, pas de paix.



En vingt ans d'exprience de suivi thrapeutique de victimes de viol, je peux tmoigner que la quasi-totalit de mes patient-e-s ont subi de graves maltraitances lors de leur prises en charge, qu'elle soit policire, judiciaire, mdiale, sociale, familiale... Ces violences institutionnelles ont t telles que presque toutes les victimes ayant port plainte ont regrett de l'avoir fait. cf mon article La nause...



Pourquoi les plaintes pour viol aboutissent-elles si peu de procs et de condamnations ? Par manque de preuves nous dit-on, ce ne serait que parole contre parole si l'accus nie ! Sauf en cas de meurtre les preuves ADN, les traces de violences ne sont pas suffisantes pour prouver le non-consentement nous dit-on ! La violence en matire d'agressions dites "sexuelles" peut tre prsume justifie et donc non condamnable, et la victime tant alors d'emble prsume masochiste. Exit la recherche de faisceaux d'indices graves et concordants, la prise en compte de consquences psychotraumatiques qui pourtant peuvent permettre un procs et une possible condamnation.



Une femme, une adolescente est a priori considre comme consentante un acte sexuel :

mme si celui-ci a lieu avec un inconnu, en quelques minutes, sans prservatif,
mme si celui-ci a lieu avec plusieurs personne, ou avec une personne ayant autorit,
mme si celui-ci a lieu dans un cadre qui se doit d'tre protecteur comme la famille, l'cole, le milieu sportif, les institutions religieuses, des lieux de soins, le travail...,
mme s'il est accompagn de violences, d'actes dgradants, humiliants, d'injures,
mme s'il a lieu dans un contexte de dpendance et de contraintes conomiques fortes,
mme s'il a lieu dans un contexte d'altration du jugement ou de vulnrabilit de la victime : alcool, drogue, mdicaments psychotropes, handicap mental, situation d'exclusion...
Pourquoi les comportements de la victime qui entrent dans le cadre des consquences psychotraumatiques habituelles et reconnues (consquences considres par la communaut scientifique mdicale internationale comme pathognomoniques c'est dire comme une preuve mdicale de l'existence d'un traumatisme) ne sont pas pris en compte comme lments de preuve ? Comme devraient l'tre la sidration (ne pas pouvoir crier, ni se dfendre), le choc motionnel, la dissociation pri-traumatique (la confusion, les doutes, le sentiment d'tranget, la dsorientation temporo-spatiale, les troubles de la mmoire : l'amnsie de certains faits), l'instabilit motionnelle du fait de la mmoire traumatique ? cf mon article trs dtaill : Consquences des troubles psychotraumatiques et de leurs mcanismes neurobiologiques sur la prise en charge mdicale, 2009.



Pourquoi les circonstances considres par la loi comme des circonstances aggravantes sont aussi le plus souvent retournes contre la victime comme mettant en cause sa crdibilit : le fait d'tre un enfant, que l'agresseur soit un conjoint ou un partenaire, d'tre alcoolise ou drogue, d'tre handicape mentale (d'avoir des troubles psychiatriques) ?



Pourquoi des vnements du pass de la victime qui n'ont rien voir avec le viol sont-ils aussi utiliss pour mettre en doute sa crdibilit : le fait d'avoir menti sur son pass, d'avoir eu une vie sexuelle considre comme "dbride", d'tre toxicomane ou alcoolique, d'avoir eu des troubles psychiatriques, d'avoir t ou d'tre en situation prostitutionnelle, d'avoir commis des dlits,... ?



Le viol bnficie d'un traitement de faveur, d'un statut part o les crimes n'en sont pas au prtexte que ces actes seraient dits consentants sans rfrence aux droits universels des tres humains l'intgrit et la dignit (comme si tre consentant pour tre tu ou tre tortur pourraient justifier ces crimes), o des dominants pourraient avoir le privilge de rduire en esclavage, de squestrer, d'exercer des svices, d'injurier, d'humilier sous couvert de dsir sexuel, de jeux, voire mme d'amour, et pire encore pour le bien celles ou ceux qui en sont victimes puisque ces violences sont censs les faire jouir par masochisme, rotisation de la subordination et de la douleur, la pornographie est l pour en faire la preuve (cf l'article d'Annie Ferrand : Quand un femme est agresse, le doute n'est pas permis ). Pour continuer paraphraser Orwell "L'amour c'est la haine, la libert c'est l'esclavage, la douleur c'est le plaisir, la transgression c'est la loi, le crime c'est le bonheur" !



Certe il est facile de comprendre qu'un accus ait tout intrt nier son crime et mettre en cause la victime, et qu'il puisse bnficier de la prsomption d'innocence (mais il faudrait en miroir que la victime puisse bnficier de la prsomption de crdibilit). Qu'en est-il de tout ceux qui vont accuser la victime, qui vont banaliser le viol, nier les violences, nier leurs consquences, s'en prendre au statut de victime en le dnigrant ? Pourquoi le font-ils, alors que pour le sens commun il est vident qu'un viol c'est grave et qu'une victime de viol sera traumatise ? Pourquoi faudrait-il encore et encore s'escrimer leur donner des explications, justifier la parole et les comportements des victimes ? Il est intressant de braquer les projecteurs sur eux et non plus sur la victime !



La lchet peut-tre une premire rponse, pour tout ceux et celles qui sont en conflit flagrant d'intrt et de "loyaut" avec l'agresseur et qui cherchent prserver leurs avantages (financier, protection, travail,...).

La collaboration sexiste est une deuxime explication, rvlant une adhsion aux strotypes issue d'une vision pornographique de la femme et de la sexualit. Ses consquences sur la scurit des femmes, victimes relles et potentielles sont catastrophiques.

La position d'agresseur, autre raison rarement voque, tant la ralit de la violence masculine est rarement pense (Patrizia Romito, 2006) : parmila masse d'anonymes qui vont accuser la victime, il y a une belle proportion d'agresseurs - c'est une certitude statistique que ce soient des hommes ou certaines femmes - laquelle on ne pense pas assez... Ceux-l on un intrt direct brouiller les cartes et maquiller leurs crimes pour se disculper et assurer leur impunit.



Ces redresseurs de torts savent bien quel point ils mentent et quel point leur rhtorique est indcente ! Leurs argument de modernit nolibrale, de libration sexuelle, ne sont que les alibis de zls collaborateurs et de criminels. Leurs aboiements font taire toutes les victimes et intimident tout ceux et celles qui voudraient les protger et les soutenir. Il serait temps qu'ils aient un peu plus peur qu'un regard de rprobation et de suspicion pse sur eux ds qu'ils prennent la parole. La faute morale est de leur ct.



Comment peut-on esprer d'un nombre non ngligeable de professionnels (de la police, de la justice, du social, du soins, des mdias, etc...) qui passent une partie de leur temps sur des sites pornographiques, excits voir des femmes crier lors de mise en scne d'actes sexuels violents et dgradants, qui sont des clients de prostitu-e-s, habitus imposer contre de l'argent leurs fantasmes sexuels une femme qui ne les dsire pas, ou sont des violeurs ou des pdocriminels (les agresseurs se recrutent dans tous les milieux) puissent se comporter de faon intgre et approprie face une victime de viol. Comment leur faire une confiance aveugle ?



Peu de gens imaginent les violences institutionnelles sexistes qu'endurent les victimes :



Une jeune femme de 18 ans vient en consultation : elle a t victime d'un viol sous la menace d'une arme, frappe de coups de poings, elle n'avait jamais eu de rapports sexuels. J'ai vu le procs verbal de la plainte. le policier y rapporte tranquillement sans crainte d'une raction de ses suprieurs ni du procureur ni des juges, qu'il lui a demand, comment tait l'rection de l'agresseur, si elle avait mouill (sic !) lors de la pntration, si elle avait ressenti du plaisir ? !! Comment qualifier la brutalit de ce policier ?



Autre exemple. Une adolescente de 13 ans a t viole par trois adultes (ayant autorit) qui l'ont oblige visionner avec eux un film pornographique et ils ont reproduit sur elle toutes les scnes. le brigadier et la brigadire de police qui l'auditionne (audition filme puisqu'elle est mineure) se mettent rire lorsqu'elle dcrit les scnes de viol. Pire, ils ont dit la victime qu'elle tait une libertine... Ils lui ont demand si elle aimait tre sodomise... ils ont mme os dire : "tu crois vraiment qu'une fille qui est viole, elle se dbat comme toi ?......"Que penser de ces rires et de ces commentaires ? De telles questions ne peuvent venir de professionnels capables d'impartialit lors des dpt de plaintes pour viol. Sans surprise cette brigade des mineurs a mis 8 mois avant de traiter la plainte.



Une autre patiente adolescente de 15 ans a t viole par un ancien camarade de classe. Elle non plus n'avait jamais eu de rapports sexuels auparavant mais elle le connaissait. L'accus a reconnu qu'elle avait dit non et qu'il lui tenait fermement les deux bras. pourquoi le procureur a-t-il prononc un non-lieu ? Est-ce parce qu'elle avait oubli de leur parler d'changes MSN entre eux avant le viol ? Une victime avant d'tre viole doit savoir qu'elle va tre viole et donc viter tout contact avec le futur agresseur, sinon elle n'est pas crdible ? ! Le moindre oubli vaut plus que des aveux. Le procureur ne s'est pas arrt au non-lieu. Il a une plainte pour dnonciation mensongre pour crime imaginaire. Il a laiss la brigade des mineurs mettre en garde vue cette adolescente. Garde vue o les policiers l'ont traite de menteuse et lui ont dit que c'est trs grave, qu'elle risquait 10 ans de prison...



Une adolescente de 14 ans que je suis en thrapie a t squestre et viole par deux hommes pendant deux jours. Le policier a essay sans succs de lui faire avouer qu'elle mentait. Elle lui explique encore qu'elle a cri de nombreuses fois. Il lui rtorque : "oui mais c'tait de plaisir..." Lorsqu'elle le prvient qu'elle a la nause et qu'elle va vomir (elle est sous traitement prventif pour le HIV), il lui assne : "tu n'as pas intrt sinon je t'en retourne une !". Ce mme policier lui dira un autre moment qu'elle a intrt dire la vrit parce que tout est film et que le juge ne sera pas content... elle aura alors la prsence d'esprit de lui rpondre : "je ne pense pas que le juge sera content de voir comment vous me maltraitez !".



Une autre patiente, jeune femme de 25 ans a dpose plainte pour violences sexuelles sur son lieu de travail. Le policier lui dit : "vu la faon dont vous vous tes dfendue, je pourrai vous violer, l, tout de suite sur le bureau". Brutalit inoue, aveu de complicit explicite. Mais il ne s'arrte pas l : il la garde trs tard pour sa dposition, si tard qu'il n'y a plus de mtro. En la raccompagnant en voiture il essaie de l'embrasser de force et la menace pour qu'elle ne parle pas de cette agression...



Un autre patient, un petit garon de 10 ans a t viol par pntration anale par un cousin de 17 ans. La procureure a prononc un classement sans suite de la plainte pour viol. Ses motifs sur ses crits ? Le garon aurait t demandeur, le viol ne peut donc pas tre caractris (malgr la loi du 1 fvrier 2010 sur les violences sexuelles incestueuses qui stipule qu'il ne peut y avoir de consentement pour l'enfant, nous sommes dbut 2011 quand l'ordonnance de non-lieu est rendu). Il n'y aurait pas non plus d'atteinte sexuelle puisque l'auteur de la pntration anale est mineur...?



Une femme que je suis a t viole dans le cadre de son travail, elles est reue par un expert psychiatre lors de l'instruction. Pendant l'expertise elle doit endurer les allusions sexuelles classiques qui brisent les victimes, le psychiatre lui demande si elle aime tre sodomise, si l'agresseur lui a plu. Loin de s'arrter l, il lui demande si lui-mme lui plat... ajoutant qu'avec quelques kilos en moins, elle serait trs sduisante. Harclement qui va monter en puissance : il va multiplier les coups de tlphones pour obtenir d'elle un rendez-vous. Usant de son pouvoir institutionnel pour effacer les traces de ces dlits, il a crit dans son rapport d'expertise que la victime est nvrose, sductrice et histrionique...



Ces exemples pris dans ma consultation sont rcents, de moins d'un an. Tous ces professionnels, censs protger et soutenir ne sont que des collaborateurs du sexisme. Comme plusieurs exemple l'ont montr, ils sont aussi parfois des purs produits de la pornographie : tout est fauss, leur perception des rcits de viol des victimes et des femmes elles-mmes. Le recyclage pornographique est tel que face des larmes et un cumul de circonstances aggravantes des reprsentants de la police rient, voire agressent. Qu'entendent-ils dans le rcit d'une adolescente qui dit avoir cri en tant viole ? Ils entendent un scnario pornographique, une de ces millions d'images o des femmes crient de jouissance aprs avoir t forces. Que ressentent-ils quand ils se font "leurs films" couter les victimes ? Loin de l'empathie, des thrapeutes s'excitent. Loin de l'coute attentive des policiers s'excitent. Loin de l'impartialit des juges s'excitent. La pornographie est de plus en plus pdocriminelle. Que voient-ils arriver dans leur bureau quand une jeune victime vient porter plainte ? Une "Lolita" (cf l'article de Sokhna Fall : l'ternel dtournement de Dolors Haze) ! Quelle justice peuvent-ils rendre aux victimes quand leur complicit avec les agresseurs est aussi spontane ?



Et c'est une bonne partie de la socit qui est colonise par cette vision catastrophique d'une sexualit de prdation et de violence, journalistes y compris. Cela explique la tolrance vis vis de beaucoup de violences sexuelles et l'abandon o sont laisses les victimes de viol, sans accs la justice et des soins spcialiss pourtant efficaces.



Il est urgent de lutter contre ces fausses reprsentations, ces strotypes sexistes, et cette vision pornographique de la sexualit, de reconstruire une justice qui soit libre de ceux-ci, et de dnoncer toutes les violences sexuelles sans exception, sans oublier les violences sexuelles que reprsentent l'industrie pornographique et prostitutionnelle (les prostitues subissent des violences graves, frquentes et rptes, la majorit des situations prostitutionnelles dbutant avant 18 ans en moyenne entre 13 et 14 ans, Melissa Farley dans une tude de 2003 rapporte que 71% d'entre elles ont subi des violences physiques avec des dommages corporels, commis par les clients et les proxntes, 63% ont subi des viols 64% ont t menaces avec des armes, et une tude prospective aux USA a montr que la situation prostitutionnelle est l'activit la plus risque de mort par homicides avec 204/100 000, le mtier le plus dangereux aux USA tant 29 homicides /100 000 pour les hommes et 4 homicides/100 000 pour les femmes).



Docteure Muriel salmona, psychiatre-psychotraumatologue, le 4 septembre 2011

prsidente de l'association Mmoire Traumatique et Victimologie : http://memoiretraumatique.org/

*Je remercie Annie Ferrand pour sa lecture attentive et ses remarques et suggestions clairantes.







Pour en savoir un peu plus...





La sexualit est malheureusement un domaine satur de violence. La pornographie dfinit la sexualit masculine comme une agression, une pntration frntique de plus en plus violente et extrme. Elle banalise la violence contre les femmes en diffusant l'ide qu'elles sont masochistes, qu'elles aiment avoir mal. Elle emploie aussi les femmes prostitues qui simulent la jouissance l'cran. Donc elle banalise la violence intrinsque la prostitution en diffusant l'ide que les femmes peuvent jouir sur commande, par simple paiement. Toutes ces violences sont couvertes au plan lgal par l'alibi du consentement. Cette confusion entre sexualit et violence est entretenue par l'utilisation d'un vocabulaire et d'un discours dgradant sur la sexualit, la majorit des injures sont connotation sexuelle, les blagues, les sous-entendus, les remarques graveleuses abondent, et le champs lexical de la sexualit est souvent guerrier et criminel, et l'inverse les mots pour dire la violence sexuelle sont extrmement confusionnant (cf l'article de Marilyn Baldeck de l'AVFT association europenne contre les violences faites aux femmes au travail : Les mots pour dire les violence sexuelles...). Et cette confusion entre sexualit et violence vhicule une image dgrade de la femme rduite et morcele en tant qu'objet sexuel (omniprsente dans les mdias, la publicit, le cinma et une bonne partie de la presse). Elle cre aussi une vision prdatrice et pulsionnelle de la sexualit masculine avec des rles caricaturaux distribus aux hommes et aux femmes. Cette reprsentation de la sexualit pornographique laquelle presque tout le monde adhre par conformisme une idologie ambiante, infecte les relations homme-femme et les relations amoureuses. Elle dgrade les femmes. Et elle banalise de nombreuses violences sexuelles.



La violence, ne l'oublions pas est un formidable instrument de soumission et de dissociation, particulirement quand elle est terrorisante et insense. Elle a un effet de sidration du psychisme ce qui va paralyser la victime et empcher le cortex crbral de contrler l'intensit de la raction de stress et sa production d'adrnaline et de cortisol. Un stress extrme, vritable tempte motionnelle, envahit alors l'organisme et - parce qu'il reprsente un risque vital pour l'organisme (atteinte du cur et du cerveau) - dclenche des mcanismes neurobiologique de sauvegarde qui ont pour effet de disjoncter le circuit motionnel et d'entraner une anesthsie motionnelle et physique en produisant des drogues dures morphine et ktamine-like. L'anesthsie motionnelle gnre un tat dissociatif avec un sentiment d'tranget et de dpersonnalisation, comme si la victime devenait spectatrice de la situation puisqu'elle la peroit sans motion. Mais cette disjonction isole la structure responsable des rponses sensorielles et motionnelles (l'amygdale crbrale) de l'hippocampe (autre structure crbrale, sorte de logiciel qui gre la mmoire et le reprage temporo-spatial, sans elle aucun souvenir ne peut tre mmoris, ni remmor). Et l'hippocampe ne peut pas faire son travail d'encodage et de stockage de la mmoire sensorielle et motionnelle des violences, celle-ci reste pig dans l'amygdale sans tre traite, ni transforme en mmoire autobiographique et elle va rester hors temps, non-consciente, l'identique, susceptible d'envahir le champs de la conscience et de refaire revivre de faon hallucinatoire, comme une machine remonter le temps la scne violente avec les mmes sensations, les mmes douleurs, les mmes phrases entendues, les mmes odeurs, les mmes sentiments de dtresse et de terreur (ce sont les flash-back, les rminiscences, les cauchemars, les attaques de panique...). C'est ce qu'on appelle la mmoire traumatique. Elle est l'origine des symptmes psychotraumatiques les plus lourds et les plus invalidants (les viols font partie avec les tortures des traumatismes l'origine du pourcentage d'tat de stress post-traumatique le plus lev : 80% contre 24% pour les traumatismes en gnral, Breslau, 1991. Elle transforme la vie en enfer, en terrain min o le moindre lien ou la moindre similitude avec les violences (une date, un lieu, un mot, une motion, une sensation, un stress...) va faire exploser cette mmoire traumatique et faire revivre les violences comme une torture sans fin pendant des mois, des annes, voir toute une vie, dans un sentiment d'inscurit totale. Et si la victime reste seule avec aucun soin spcifique, elle va l'obliger dvelopper des stratgies de survie pour viter son allumage (conduites d'vitement, de contrle et d'hypervigilance) ou pour l'teindre de force en recrant une disjonction force et/ou une anesthsie motionnelle (conduites dissociantes risques, mises en danger, conduites addictives anesthsiantes, violence contre soi-mme ou contre autrui).



La violence est la fois le poison et le remde symptomatique pervers ce poison, ce qui va permettre un tour de passe-passe mystificateur gnial en la faisant passer pour utile pour la victime, "c'est pour ton bien" ! "Je te stresse horriblement, je te sidre et je peux dire que tu es consentante puisque tu te laisses faire sans rien dire ou sans crier, ni te dbattre, tu es alors envahie par un stress extrme que je nomme excitation (je te dis que a te plait) qui monte, qui monte jusqu' aboutir une disjonction, vritable shoot qui enfin teint l'angoisse et la douleur, et comme tu es soudain anesthsie, "soulage" et dissocie par les drogues produites par le cerveau, je nomme cela "jouissance" et je te dis "tu aimes a, hein ! salope !", le tour est jou ! La confusion est extrme pour la victime qui ne comprend aucune de ses ractions (pourquoi n'a-t-elle pas cri ? pourquoi est-elle rentre dans le scnario ?, pourquoi n'a-t-elle plus rien ressenti ?), le doute et la culpabilit marchent plein, aggravs par les rminiscences des phrases assassines, la perversion fonctionne : d'un ct, intellectuellement la victime sait quelle a t viole, qu'elle ne voulais absolument pas de ces actes, et de l'autre elle a un sentiment d'tranget, elle ne ressens rien motionnellement (donc ce n'est peut-tre pas si grave...), et elle a des images pornographiques, des phrases qui s'imposent dans sa tte "tu aimes a, salope", "tu n'est qu'une pute", et elle se dit : "alors peut-tre que c'est a que je voulais...." La victime peut croire, mais sans le comprendre, qu'elle peut aspirer plus de violences chaque fois qu'elle a peur, qu'elle est angoisse, alors qu'il y a juste ncessit d'teindre cette angoisse intolrable et que la violence contre elle-mme peut-tre la seule solution disponible, le pige est referm. La voil colonise par cette violence pornographique, devoir composer avec ce qu'elle a en horreur et qui s'impose en elle par l'intermdiaire d'une mmoire traumatique qu'elle n'a pas les moyens d'identifier. Elle peut alors se croire diffrente de ce qu'elle pensait tre, double.



Cette confusion violence - sexualit est l'origine chez certains hommes d'addictions graves la violence, la prostitution et la pornographie, avec une industrie du sexe florissante proposant des pratiques, des films et des images de plus en plus violents. Il en rsulte une aggravation de la traite des enfants et des femmes, du tourisme sexuel, d'une importante criminalit sexuelle, et d'une grande partie des violences faites aux femmes (dont font partie la prostitution et la pornographie). Cette confusion violence - sexualit participe aussi au maintien de l'ingalit entre les sexes. Elle prive une majorit d'hommes et de femmes d'un accs leur sexualit et une vritable rencontre amoureuse faite de respect, d'changes et de dcouverte de l'autre. Les violences qui saturent la sexualit entretiennent une confusion entre un vritable dsir et une addiction au stress, la violence et la prdation avec excitation douloureuse lie une mmoire traumatique sensorielle qu'il s'agit d'teindre tout prix ; elles entretiennent aussi une confusion entre un plaisir et une jouissance bien rels, et un soulagement brutal li une disjonction et une anesthsie motionnelle, et enfin une confusion entre des fantasmes et des rminiscences visuelles et sensorielles provenant d'une mmoire traumatique. Nombreuses sont les femmes qui, ayant subi des violences sexuelles, souvent ds l'enfance, se retrouvent devoir composer avec une sexualit gravement traumatise et infecte de symptmes psychotraumatiques non identifis comme tels. Comme elles se retrouvent seules face cette sexualit traumatise, sans aucun outil pour la comprendre, pour la relier aux violences subies dans le pass et pour sparer ce qui est sain de ce qui est infect , "colonis" par les violences et leurs consquences psychotraumatiques (mmoire traumatique, conduites d'vitement et conduites dissociantes), elles n'auront d'autres possibilits que de l'intgrer telle quelle ou de la rejeter en bloc. Elles se retrouvent seules aussi face une socit baignant dans le dni, qui non seulement ne leur fournit aucun repre pour s'y retrouver mais qui les enfonce encore plus dans des reprsentations sexuelles d'elles-mmes alinantes. Car la socit relaye sans cesse des strotypes mystificateurs sur la prtendue sexualit fminine alors que ces strotypes sont construits partir de symptmes psychotraumatiques : la vierge, la frigide, la femme passive, la nymphomane, la fille facile, la bombe sexuelle, la trane, la salope, la prostitue, etc. Et tous ceux qui ne veulent pas renoncer une rencontre vritable et l'amour, et heureusement ils sont nombreux, doivent se battre pour sortir de ces schmas rducteurs et emprisonnants. Les femmes mais aussi les hommes pourraient y gagner beaucoup, en rcuprant une sexualit non traumatique, enfin libre, avec un plein accs leur dsir et leur plaisir.

Bibliographie :



DIANA RUSSELL: Against Pornography: The Evidence of Harm, 2004.

RUSSELL, Diana: Dangerous Relationships: Pornography, Misogyny and Rape, 1998

version augmente du livre, accessible en entier ici :

http://nopornnorthampton.org/2007/01/25/free-book-download-diana-russell-against-pornography-explicit.aspx

LEGARDINIER Claudine, Les trafics du sexe, femmes et enfants marchandises, Toulouse, Les essentiels Milan, 2002.

McKINNON Catharine, Le fminisme Irrductible, discours sur la vie et sur la loi, Paris, Des femmes, 2005 (1987).

POULIN Richard, Sexualisation prcoce et pornographie, Paris, La Dispute, 2009.

FARLEY, Melissa, COTTON, Ann, LYNNE, Jacqueline, & al. Prostitution & Trafficking in Nine Countries : A Update on Violence & posttraumatic Stress Disorder , 2003 : http://seattleagainstslavery.org/tcd/media/docs/Prostitution-in-9-Countries.pdf



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